LoSt in this world.
Je ne sais plus quoi faire. Au début, aller en prépa me semblait ce qu'il y avait de mieux. Aller à Masséna, c'était plus que ce que je pouvais imaginer. C'était m'ouvrir de nombreuses portes, aller de l'avant même en ne sachant pas ce que l'avenir me réservait. C'était me permettre l'accès aux grandes écoles, et à un métier sûr.
Maintenant, après avoir parlé à plusieurs personnes étant allées en prépa, et en fac, aller en prépa, c'est me résigner à laisser ma passion de côté et à travailler plus que je ne peux l'imaginer. C'est déprimer sans chanter, en bossant pour des notes qui nous rabaissent, avec des profs qui sont là pour, non seulement nous rappeler qu'on ne rigole pas, que l'on doit bosser dans l'esprit concours, mais aussi pour voir qui sont ceux qui peuvent tenir la distance quand on ne cesse de les défier.
J'ai peut-être le niveau pour y aller, sûrement même puisque j'ai été acceptée. Mais je ne suis plus sure que la prépa soit ce qui convienne le mieux à mon tempérament. Moi qui n'ai pas confiance en moi, en mes capacités, en mon devenir. Moi qui me rabaisse facilement, même si certains cas m'obligent à me surpasser pour ne pas faillir, même si je sais que je me relève après être tombée.
Je sais qu'en commençant la prépa je n'en partirai pas. Je n'aime pas abandonner en cours de route. Cependant, est-ce que « sacrifier » deux ans de ma vie est vraiment nécessaire pour ce que je vise ?
De toutes parts j'entends : qu'est-ce que tu veux faire plus tard ?
Je ne supporte plus cette question, elle me sort par les yeux. Elle m'agace et me rend folle ! J'ai l'impression d'être une loque lorsque je réponds inévitablement : je ne sais pas.
Pourtant je sais ce que je veux faire. Du moins je sais ce que j'aime. J'aime chanter, écrire, inventer, imaginer, aider, dessiner, lire, découvrir... Vivre dans un autre monde en quelque sorte. Vivre pour donner de la joie, du bonheur, pour ouvrir des possibles là où tout semble fermé, pour avancer en faisant tomber les barrières, pour m'exprimer au-delà de l'indicible.
Vivre deux ans dans la simple visée de réussir ma prépa, en mettant en avant le fait que je ne me vois pas poursuivre mes études dans de grandes écoles, est-ce suffisant pour moi qui ai besoin de m'évader ? Moi qui ai besoin de réaliser mes rêves ?
Je sais que je suis idéaliste. Je sais que je dois être réaliste. Je sais que vivre de sa passion est une chance que la vie n'offre qu'à certains. Mais je sais aussi que si je continue à m'éloigner de tout ce qui m'appelle, si je continue à ne pas être opportuniste et à ne prendre que ce qui m'assurera une vie où mes rêves sont condamnés à n'être que des rêves. Alors je ne réaliserai pas mon essence, je n'irai pas sur le chemin que je veux suivre, mais sur celui que je dois suivre. Je ne pourrai travailler bien, puisque je ne voudrai travailler bien. Je penserai sans arrêt à ce temps où j'aurais pu décider de me donner deux ans de plus pour être heureuse.
Car, oui, je sais qu'en prépa les amitiés sont fortes, je sais qu'en prépa les gens sont formidables. Je sais qu'ils s'intéressent aux mêmes choses que moi. Mais je sais aussi au fond de moi qu'en mettant mon c½ur en bouteille pendant deux ans il risque de s'étouffer. Je sais qu'en l'empêchant de s'exprimer par l'art il risque de regretter. Je sais qu'en lui disant de se taire et d'être plus fort que ses envies d'évasion il sera malheureux.
« Après, ce n'est que deux ans dans ta vie ? » m'a-t-on dit. Oui, mais deux ans de ma vie sans ce que j'aime au plus profond de mon âme, ou du moins, à petite dose, ce sont deux ans quasiment non vécus.
Je ne sais pas si je suis normale. Etre passionnée comme je le suis, on m'a toujours dit que c'était une bonne chose.
« Oh ! C'est formidable une petite qui dessine, qui lit, qui chante, qui fait du cheval ! Elle ne doit pas s'ennuyer, et elle trouvera toujours quelque chose à faire. » Vous croyez, vous, que c'est une bonne chose d'aimer chanter au point de laisser derrière soit la possibilité de faire des études qui m'auraient plus apporté au niveau culturel ? Mais aussi pour les concours, et probablement mon futur métier ?
« Que vas-tu faire après ? » Sans doute aller à la fac. J'aime étudier. J'aime les matières qu'on enseigne en Hypokhâgne. Mais je peux les retrouver à la fac. La pression de la prépa ne me conviendra pas, étant donné que je suis anxieuse et angoissée de naissance. Rentrer tous les soirs les larmes aux yeux en pensant au travail que j'aurai à faire avant même de l'avoir entamé, j'en suis plus que capable. Et me connaissant, je sais que c'est ce qui se produira. Même si au final je m'en sortirai sans doute, je ne suis pas capable d'un tel sacrifice, mon esprit est ailleurs. Alors m'engager dans une voie qui me détruira plus qu'elle ne m'épanouira en vaut-il vraiment la peine ?
Je veux me donner les chances de pouvoir apprécier la vie dans les capacités qu'elle m'a données. C'est pourquoi j'hésite. Je ne veux pas regretter le fait de n'être pas allée en prépa. Mais je veux encore moins regretter le fait de n'avoir pas su prendre le temps d'être heureuse. Savoir où se trouve mon opportunité lorsqu'on a le choix c'est extrêmement difficile. Je veux pouvoir étudier et m'exprimer à la fois ; et la fac semble être une bonne alternative. Elle me donne du temps pour étudier, mais aussi pour me laisser la chance de faire autre chose à côté le plus librement possible.
Je sais qu'à la fac le pire et le meilleur se côtoie, je sais qu'il faut de la volonté et de la motivation pour y arriver. Mais ce n'est pas parce que j'envisage de plus en plus clairement de délaisser la prépa que je n'en ai pas. Au contraire, en faisant ce qui me rend heureuse je serai d'autant plus d'attaque pour étudier, et dans de meilleures dispositions.
Je dois vous saouler sans doute ? Bienvenue dans mon univers. Je suis perdue. Je ne sais pas quel chemin prendre. Mais je sais celui où je serai la plus heureuse pendant les deux ans à venir. Mais ce n'est que du court terme.
J'aimerais parfois que l'avenir soit un peu moins incertain, pour m'aider à faire mes choix sans toutes ces difficultés. Mais ce qui fait le bonheur de la vie c'est aussi les bonnes surprises qu'elle peut apporter.
Alors je réfléchis, j'analyse le pour et le contre... Et je reste peu confiante.
LoSt in this world.